Procédés
« On ne prend pas une photographie, on la fait. » Ansel Adams
Platine / Palladium
C’est un procédé alternatif, pratiqué par une minorité de photographes : au début du XXᵉ siècle Alfred Stieglitz et Edward Weston, plus récemment Irving Penn.
Souvent considérée comme le sommet de la photographie alternative, la platinotypie a été brevetée par William Willis en 1873, après de nombreuses expériences menées depuis 1830 par différents photographes et scientifiques. Pendant la Première Guerre mondiale, le prix du platine, alors utilisé comme catalyseur dans la fabrication d’explosifs, s’envole. La plupart des photographes se tournent vers d’autres procédés, dont l’argentique, et les papiers au platine finissent par disparaître du marché. Redécouvert dans les années 1960–1970, le procédé est apprécié pour sa gamme de tonalités très étendue et pour le caractère unique de chaque tirage.
Sa particularité : les particules de platine, très finement divisées, imprègnent les fibres du papier. L’image se conserve ainsi aussi longtemps que son support. C’est une méthode de tirage par contact assez lente, qui demande une forte lumière ultraviolette et un négatif de la taille de l’image finale.
Le papier est sensibilisé au pinceau avec un mélange de sels ferriques et de chloroplatinite (et/ou de chloropalladite), puis exposé en contact direct avec le négatif. Il est ensuite développé dans une solution d’oxalate de potassium, de citrate d’ammonium ou d’un autre révélateur adapté. L’image finale est faite de platine et/ou de palladium ; sa tonalité va d’un noir froid, métallique, à un brun chaud, selon le mélange des métaux.
Gélatino-argentique
Ma méthode est une variante personnelle du « Zone System » d’Ansel Adams : prévisualiser l’image finale avant d’exposer le négatif. Toute la chaîne est ainsi maîtrisée, de la prise de vue jusqu’au tirage.
Je travaille avec une chambre technique grand format Toyo 45 AII. Elle offre un grand contrôle à la prise de vue et une grande qualité d’image, grâce à la taille des négatifs (4×5 pouces, soit 10×12,5 cm) et à la qualité des optiques.
Chaque négatif est exposé selon des mesures prises avec un posemètre sur les différentes parties de la scène, en tenant compte de la luminance et du contraste du sujet. Le film, de l’Ilford Delta 100, est développé à la main, feuille par feuille, dans un révélateur Pyro (PMK de Gordon Hutchings). Le temps de développement varie selon le contraste du sujet.
Le papier, de l’Ilford MG FB Warmtone 255 g/m², passe dans deux révélateurs : Kodak Selectol Soft, qui agit sur les hautes lumières, puis Kodak Dektol, qui renforce le contraste des ombres.
Les tirages sont faits à la main sur papier baryté, puis virés au sélénium. Le virage remplace une partie de l’argent par du sélénium, plus stable : il prolonge la vie du tirage et réchauffe légèrement sa couleur, surtout avec ce papier. Les tirages sèchent à l’air libre, puis sont repiqués pour effacer les petites marques laissées par la poussière sur le négatif.
Conservation
En 2009, le Getty Conservation Institute a analysé mes tirages au platine/palladium, dans le cadre d’un projet de recherche sur les procédés photographiques. Ses conclusions : une concentration de fer résiduel très faible, aucune impureté organique ni oxalate restant, un très bon traitement, et des images stables pour une très longue période. Les tirages examinés font partie de sa collection de référence des photographies et matériaux photographiques, ouverte aux chercheurs et aux étudiants.
Rapport complet du Getty Conservation Institute (PDF, en anglais)
Tous les tirages sont faits à la main par l’auteur.